Le Plan d’avenir du Y des femmes de Montréal prendra vie dans un tout nouvel environnement, soit le projet immobilier Esplanade Cartier, développé par Prével.

À la tête de Prével se trouve une femme déterminée à laisser un impact positif majeur pour les communautés où se déploient ses projets ; Mme Laurence Vincent.

Nous avons voulu en apprendre davantage sur elle et ses aspirations.

Fondation Y des femmes [ F ] : Vous êtes présidente d’une grande entreprise dans le domaine du développement immobilier. Par le fait même, vous êtes une exception dans un milieu reconnu comme majoritairement masculin. Pouvez-vous nous parler de la place que se taillent les femmes dans le milieu et ce que ceci vous inspire pour l’avenir?

Laurence Vincent [ LV ] : J’œuvre au sein de l’entreprise depuis près de 17 ans maintenant! Jamais, de la part de mes collègues, que ce soit sur les chantiers ou les bureaux, je n’ai senti qu’il y avait un traitement différent lié au genre.  

D’ailleurs, mon père, qui a fondé l’entreprise, a non seulement toujours eu une approche très égalitaire, mais nous a tous poussés à vivre sans étiquette. Ainsi, je n’ai jamais senti que je devais me battre plus fort pour me faire respecter parce que j’étais une femme. Je suis privilégiée, je le sais.

Aujourd’hui, chez Prével, de nombreux postes, autant dans les bureaux qu’à la direction ou sur les chantiers, sont occupés par des femmes et j’en suis fière.

Bien sûr, nous avons la responsabilité de nous faire connaître, de faire connaître notre industrie ainsi que l’entreprenariat auprès des femmes et des jeunes filles et ce, dès le secondaire. C’est une implication qui me tient beaucoup à cœur. 

Il est indéniable qu’aujourd’hui, au sein de mon industrie, ce sont majoritairement des hommes qui sont à la tête des entreprises immobilières, de développement ou de construction.  Je dois souligner que plusieurs de mes collègues et même compétiteurs masculins sont enthousiastes face à l’arrivée de femmes à la tête d’entreprises immobilières, dans les bureaux et sur les chantiers. Et chez certains, nous sentons un réel appui, de l’entraide. C’est un milieu compétitif, certes, mais je suis épaulée et bien entourée.

Nous nous devons de saisir les opportunités qui nous permettent de nous dépasser et de pousser les filles et les femmes à oser faire le choix de l’entrepreneuriat et de la gestion de haut niveau, et ce toute industrie confondue.  Je suis confiante pour l’avenir, mais les efforts en cette matière doivent être soutenus et constants. Oui, la situation évolue positivement, mais rien n’est jamais gagné. Je rêve du jour où nous n’aurons même plus besoin d’en parler.

[ F ] : L’avenir de Montréal et le bien-être des personnes qui y résident dépend de quoi, principalement, selon vous?

[ LV ] : Je suis optimiste pour Montréal, notre ville a tout en main pour sortir forte de la pandémie. Malgré tout, il y a des enjeux complexes qui méritent notre attention et, sans surprise, c’est l’habitation qui m’interpelle particulièrement. Selon moi, les quartiers peuvent et doivent être des lieux favorisant le tissu humain. Il faut que tous et toutes aient la possibilité d’avoir un chez-soi où ils se sentent en sécurité et où ils peuvent envisager s’enraciner à long terme. Il faut aussi que l’environnement, les espaces urbains et les bâtiments soient réfléchis de manière à permettre l’interaction, le voisinage bienveillant et même l’esprit de village où chacun, chacune, veille sur les autres. C’est ainsi que les familles se sentiront confortables de s’installer en ville, que les aîné·es pourront vieillir dans leur quartier d’origine, que les personnes issues de l’immigration se sentiront intégrées et que les plus vulnérables pourront s’appuyer sur leur communauté. Le sentiment d’appartenance à un quartier passe souvent par la confiance à trouver un logement à son image et à y demeurer de façon pérenne. Les Montréalais et les Montréalaises doivent pouvoir être propriétaires dans leur propre ville ou pouvoir y rester en tant que locataires à long terme.

Je suis bien consciente que l’accès à la propriété, l’abordabilité et la sécurité domiciliaire est un enjeu immensément complexe. Nous devons travailler ensemble sur plusieurs plans et c’est en multipliant les initiatives qu’on peut rêver d’offrir un toit approprié à chacun. Il n’en demeure pas moins que, selon moi, nous devons tout mettre en œuvre pour augmenter l’offre. Tant et aussi longtemps que l’offre d’habitation ne sera pas équivalente à la demande, une pression inflationniste s’exercera sur ce besoin essentiel.

Maintenant qu’une entente sur le logement entre Québec et Ottawa est signée, le gouvernement du Québec doit rendre les budgets disponibles et fournir à Montréal les moyens de bâtir et de construire du logement. C’est urgent. Les élus doivent avoir le courage de leurs ambitions. Il est important de pouvoir construire du logement social et du logement abordable. Mais nous laissons encore certains riverains avoir le droit de vie ou de mort sur des projets pourtant bénéfiques pour la collectivité, et ce parce que quelques personnes imposent, par référendum, le principe du « pas dans ma cour ». Lorsque certains projets répondent à tous les critères imposés par la Ville et sont considérés par les autorités comme bénéfiques pour la collectivité, il est essentiel que ces projets puissent voir le jour.

Chez Prével, nous sommes partisans de la collaboration avec la communauté. D’ailleurs, nous participons activement à chaque consultation et nous déployons même nos propres consultations. C’est ce que nous avons fait, entre autres, à Esplanade Cartier où nous avons mis en place une démarche de « Placemaking » à laquelle ont participé des citoyens, des associations et des organismes communautaires.

Nous devons également, en tant que société, comprendre les vertus de la densité. La densité intelligente est une réponse intelligente à une multitude d’enjeux socio-économiques et à la crise climatique. Il faut comprendre que l’alternative à l’étalement urbain est la densité. Il faut aussi voir la valeur d’un milieu densément habité, où les commerces et les services sont à proximité et où le sentiment de sécurité et de communauté peut réellement émerger.

Enfin, nous avons amplement évoqué la nécessaire résilience des villes depuis le début de la pandémie. Maintenant, il faut passer de la parole aux actes et incarner cette résilience. Chacun et chacune d’entre nous a des responsabilités et un rôle à jouer. Il nous faut travailler ensemble et, surtout, ne jamais cesser de se parler. C’est comme cela que nous avancerons et que nous ferons, collectivement, une réelle différence.  

[ F ] : Que représente pour vous l’intégration d’un organisme tel que le Y des femmes de Montréal dans votre projet immobilier Esplanade Cartier?

[ LV ] : C’est justement passer de la parole aux actes! Pour Esplanade Cartier, nous avions beaucoup d’ambitions. Nous rêvions d’un projet exemplaire, d’un projet rassembleur et inclusif. Nous souhaitions réaliser un bout de quartier qui serait représentatif de ce qu’on aime le plus de Montréal : de l’habitation pour tout le monde, des petits commerces de proximité, un lieu de travail intégré à un milieu de vie, des espaces verts inspirants, des places publiques rassembleuses et une façon d’amener toutes ces composantes à interagir entre elles pour faire tomber les murs et les préjugés.

Nous nous sommes mis au travail et, tout au long de ce processus de création, nous n’avons jamais cessé de croire en ce que nous avions imaginé. Aujourd’hui, ce rêve se concrétise et l’intégration du Y des femmes en est un pan important. Avec un organisme aussi mobilisant pour la communauté, nous croyons sincèrement qu’il est possible de croire en l’émergence d’un quartier tissé serré où les femmes se sentiront en sécurité et pourront s’appuyer sur leur voisinage pour s’épanouir.

Nous sommes fiers et particulièrement touchés que le Y des femmes ait accepté de s’installer au cœur de ce quartier que nous bâtissons tous ensemble. 

Nous croyons en une réelle mixité. Au bénéfice que procure le contact humain.  À l’importance d’entrer en relation et d’apprendre des autres. Et nous croyons surtout à la mission importante du Y des femmes de Montréal. Nous partageons des valeurs similaires et je suis convaincue que c’est le début d’une magnifique aventure.